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Les œuvres que je présente datent de quelques années déjà. J’ai peu travaillé en atelier dernièrement, par manque de temps, mais surtout par besoin de réflexion. J’ai troqué la poussière de bois pour la pensée, à la recherche de la direction que je veux suivre.

Il y a 3 ans, j’ai donné naissance à mon premier enfant, Ludovic, un fantastique petit garçon. À travers ce nouveau rôle et cette nouvelle relation, j’ai gagné toute une palette d’expériences, d’émotions et de questionnements inexplorés. À la même époque, j’ai eu la chance de produire ma première expo solo. J’ai travaillé sur un concept que je voulais explorer depuis longtemps : les Cabinets de curiosité. À la fin de ce projet, je me suis retrouvée à la recherche de nouveaux repères dans mon travail de création. J’avais déjà choisi de mettre de côté la production et les ornements de coiffure au profit de pièces plus sculpturales; une décision motivée à la fois par mes intérêts et mes aptitudes. J’étais donc à un point tournant, sans savoir exactement comment m’y prendre pour me réaliser comme je le souhaitais.

À mon grand étonnement, mon fils m’a permis de découvrir une nouvelle piste pour évoluer comme artiste. En jouant avec lui, j’ai pris conscience de la rigidité de mon processus créatif. Instinctivement, je voulais toujours empiler, de manière symétrique, des blocs de même couleur avec un objectif précis en tête. En m’obligeant à lui laisser pleine liberté dans nos jeux, j’ai appris à accorder une plus grande place à la spontanéité. Aujourd’hui, je ressens un profond besoin de liberté dans ma création

En décembre dernier, j’ai donné naissance à un deuxième enfant, Liliane, une merveilleuse petite fille. À travers cette nouvelle expérience, j’ai poursuivi mes réflexions sur mon identité et ce que je souhaite léguer à mes enfants, particulièrement à ma fille, comme valeurs et comme exemple.

J’ai ainsi compris que par pudeur et par peur de tomber dans le cliché, j’ai créé une distance entre mon rôle de mère et mon travail de création. Peut-être par manque de modèle, et certainement par crainte d’être mal jugée, j’ai évité à tout prix que la famille et la maternité viennent «contaminer» ma démarche. Cette distance a eu pour résultat de m’éloigner de ma «fibre créatrice». Ne me permettant pas d’être à la fois pleinement une mère et une artiste, je ne pouvais pas faire autrement qu’être «seulement» une mère. Ironiquement, cette perte de contact avec cette partie si importante de moi-même est survenue au moment même où je cherchais à approfondir mon travail de création.

Voilà, j’en suis aujourd’hui à accepter mon chaos créatif et à laisser tomber mes barrières. Je souhaite maintenant créer avec mon entièreté et explorer librement l’ensemble de ce qui me touche en tant que femme, amoureuse, fille, mère et artiste.

À suivre…